Pr Adama Traoré : “La peau noire constitue un élément protecteur naturel contre le cancer” PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 14 Février 2007 16:32

Pr Adama TraoréDans quelques jours, Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, accueille le XXVIe congrès de l’Association des dermatologistes francophones (ADF). A l’occasion, nous avons rencontré Pr Adama Traoré, président du comité d’organisation du XXVIe congrès. Il aborde entre autres les problèmes de la dépigmentation, les retombées de cette rencontre. Il se prononce également sur l’intérêt de la peau noire.

Sidwaya (S). : Qu’est-ce que la société de dermatologie francophone et la société burkinabè de dermatologie, d’esthétique et de cosmétologie ?

Professeur Adama Traoré (A.T.) : L’Association des dermatologistes francophones (ADF) et la Société burkinabè de dermatologie, d’esthétique, de cosmétologie (SOBUDEC) sont toutes des sociétés savantes, spécialisées dans les domaines de la santé de la peau, des muqueuses et des phanères.

Les phanères, sont les ongles, les cheveux et les poils d’une manière générale. Ce sont des sociétés savantes qui ont pour mission de travailler de façon à ce que les connaissances dans ces domaines-là soient avancées pour que tous ceux qui s’occupent de les traiter puissent les prendre correctement en charge.

S. : Quelles sont les maladies de la peau les plus fréquentes au Burkina Faso ?

(A.T.) : Le Burkina Faso est un pays sahélien, un pays pauvre. Cela fait que les maladies de la peau les plus fréquentes sont celles dues à une infection, soit une infection par les bactéries soit par les champignons (la teigne) soit par les virus, etc. Mais de plus en plus, on se rend compte que les pathologies rares que l’on rencontre dans les pays développés commencent à faire surface.

On les appelle globalement les pathologies inflammatoires, ou les pathologies dues parfois à des excès que l’on rencontre dans notre pays actuellement. Quelques exemples de ces maladies, ce sont le psoriasis, une maladie inflammatoire de la peau, l’acné, une maladie qui fait apparaître des boutons sur le visage, une maladie inflammatoire du visage notamment chez les adolescents, et le lupus, une maladie autoummine qui n’est pas fréquente dans nos pays mais qui devient de plus en plus préoccupante.

S. : Définissez-nous une maladie autoummine ?

(A.T.) : Le lupus par exemple, est une maladie autoummine, qui fait que l’organisme se met à fabriquer des “soldats”, des anticorps, qui vont aller détruire certaines structures de la peau. En matière d’immunité, le plus souvent, c’est en présence d’un corps étranger que l’organisme produit des “soldats” contre ce dernier. L’orsqu’on parle de maladie autoummine, il s’agit de “soldats” qui sont fabriqués contre les propres substances du sujet concerné.

S. : La lèpre est-elle une maladie de la peau ?

A.T. : Il faut rappeler que la lèpre est une maladie infectieuse due à des microbactéries et l’un des thèmes de notre congrès qui aura lieu du 13 au 17 février 2007 va mettre un accent particulier sur cette bactérie. C’est un germe, un microbe qui s’attaque particulièrement à deux (2) choses : la peau et les nerfs. C’est pour cela que le lépreux a, à la fois, des manifestations sur la peau et des manifestations neurologiques. Ce sont ces manifestations neurologiques qui vont anesthésier les parties externes du sujet et qui vont entraîner des amputations.

S. : Quel est l’état de cette maladie au Burkina Faso ?

A.T. : La lèpre est en recrudescence au Burkina Faso. La Fondation Raoul Follereau a soutenu beaucoup de pays africains pour faire reculer cette maladie. Malheureusement, il y a eu un relâchement des services de santé, si bien qu’on peut dire que la maladie est en recrudescence en ce moment. On ne peut donc parler de son élimination à l’heure actuelle. Les services en charge de la lèpre et de dermatologie sont de concert pour voir quelles sont les stratégies à mettre en œuvre pour faire reculer cette maladie infectieuse liée en réalité à la pauvreté.

S. : Parlez-nous des conséquences de la dépigmentation, ce mal qui connaît en ce moment un regain dans nos cités ?

A.T. : La dépigmentation est le fait de prendre un médicament soit par voie orale, soit en injection, ou en application locale sur la peau, pour diluer le teint noir. Il existe plusieurs médicaments qui servent à cette dépigmentation. Et les conséquences sont en fonction des médicaments utilisés. Mais, on les classe globalement en conséquences locales et en conséquences générales, c’est-à-dire conformément à des maladies plus ou moins une partie ou graves qui intéressent tout l’organisme. On peut retenir les conséquences immédiates telles la brûlure ou les réactions allergiques. Il y a des conséquences à moyen terme, qui surviennent au bout de plusieurs mois d’utilisation ou même un ou deux ans après.

Il s’agit par exemple des vergetures. Elles sont des craquelures de la peau, dues à la cassure de certaines fibres au niveau des tissus. Quant aux conséquences à moyen terme, il s’agit essentiellement des difficultés de cicatrisation, l’intolérance à la lumière. Le fait que nous vivons dans un milieu très ensoleillé, peut surtout occasionner, à cause de la dépigmentation, des tumeurs et des cancers de la peau. De manière générale, cela peut donner lieu à une hypertension artérielle, à des problèmes de reins, de cœur, de poumons etc.

S. : Comment amener les populations à ne plus se dépigmenter ? Cela est-il possible ?

(A.T.) : Oui, cela est possible, parce que tout le problème réside dans la compréhension de la démarche qui peut amener une personne à vouloir se dépigmenter. Il faut peut-être faire des études pour comprendre pourquoi quelqu’un qui est noir décide un jour de vouloir devenir clair. Ce travail nous aidera dans la lutte contre la dépigmentation. En attendant, ce dont on est sûr, et cela, nos travaux l’ont montré, c’est que le phénomène est important et va grandissant au fil des années. Une étude que nous avons menée en 1998 a révélé 25% de femmes concernées par le phénomène, et en 2003, on est passé de 25 à 40% à Ouagadougou. Notre structure, qui est une société savante intéressée par les problèmes de peau, est bien sûr, interpellée.

Nous allons travaillé essentiellement dans la sensibilisation du public, pour montrer la gravité de la situation. Nous allons aussi travailler du côté du politique pour lui demander de nous appuyer. L’une des décisions récentes auxquelles nous avons assisté, est, en matière de communication, l’interdiction de la publicité sur les produits éclaircissants. C’est donc un facteur qui peut aider à éradiquer le phénomène.

S. : Le Burkina a-t-il les compétences nécessaires pour faire face aux maladies de la peau qui existent ?

A.T. : En qualité oui, parce que nous sommes une dizaine de dermatologues très bien formés. Mais en quantité, manifestement, il y a des problèmes. Il y a donc des dermatologues en nombre insuffisant, mais les dix qui existent, sont déjà, à travers la SOBUDEC, en train de lutter contre les maladies cutanées d’une manière générale et particulièrement contre la dépigmentation. Nous souhaitons que la politique œuvre à ce que notre nombre grandisse afin que chaque région ait au minimum un ou deux dermatologues.

S. : Qu’est-ce que le cancer de la peau ?

A.T. : Le cancer, quel que soit l’endroit où il se localise, se définit comme le fait que des cellules échappent au contrôle de l’organisme. Quand elles échappent au contrôle de l’organisme, elles se mettent à se multiplier et deviennent des grosseurs qui sont des tumeurs. On les appelle cancer, quand il s’agit d’une grosseur qui, non seulement échappe au contrôle de l’organisme, mais a tendance à se multiplier au-delà du lieu où elle se localise. En médecine, on classe les tumeurs, en tumeurs malignes et en tumeurs bénignes. Au niveau des tumeurs bénignes, le problème se limite localement, ne se propage pas. On dit qu’une tumeur est maligne c’est-à-dire un cancer, lorsque non seulement sur le plan local cet amas de cellules n’est pas contrôlé, mais se diffuse dans l’organisme.

S. : Rencontrez-vous fréquemment des cas de cancer de peau au Burkina Faso ?

A.T. : D’abord, il faut que les gens sachent que le fait d’avoir la peau noire constitue un élément protecteur naturel contre le cancer de la peau. En réalité, nous ne rencontrons pas beaucoup de cas de cancer de la peau. Toutefois, depuis dix (10) ans, on se rend compte que ce nombre de cas augmente. Il n’est pas très important mais il augmente. C’est pour dire qu’il y a alerte et il est temps de commencer à réfléchir sur comment faire face à d’éventuels cas de cancers cutanés car si rien n’est fait, cela risque de devenir préoccupant dans l’avenir.

S. : Pourquoi la peau noire constitue-t-elle un élément protecteur naturel ?

A.T. : La peau noire constitue un élément protecteur naturel du fait de ce pigment qui fait qu’elle est noire. Ce pigment noir absorbe la lumière au lieu de la laisser détruire les cellules. Parce que quand les rayons solaires, qui sont constitués de plusieurs types de rayonnement, arrivent au niveau de la peau, il va jusqu’au noyeau de la cellule et si rien n’est fait, cela peut créer des anomalies.

Le pigment noir qu’on appelle mélanine, absorbe et garde tous ces rayonnements et protège donc la cellule contre le cancer. D’ailleurs, on se rend compte que le maximum des cancers qu’on rencontre chez les noirs se localisent sur les parties qui ne sont pas colorées, c’est-à-dire les paumes et parfois sur les plantes des pieds.

S. : Existe-t-il un lien entre la nutrition et la santé de la peau ?

A.T. : L’environnement, d’une manière générale, la manière dont vous êtes né, la manière dont vous avez été allaité et la manière dont vous avez mangé dans l’enfance constituent, soit un capital en faveur de la santé de votre peau, soit un capital en sa défaveur.

S. : Et les intempéries ont-elles un impact sur la peau ?

A.T. : Les intempéries ont manifestement un impact, une action négative sur la peau. La poussière et la chaleur, pour ne citer que ces deux, sont des éléments qui ont des effets négatifs sur la peau. Parce que non seulement, elles entraînent soit son désèchement, soit elles perturbent sa physiologie normale. La peau, de par la normalité de ses éléments (l’épiderme, le derme et l’hypoderme) et de par la normalité de ses différentes secrétions glandulaires, se défend bien face aux aggressions. Les intempéries viennent perturber le fonctionnement normal de la peau et l’exposer à plus de maladies.

S. : Dans un tel contexte, quels conseils préconisez-vous ?

A.T. : Les intempéries sont effectivement légion au Burkina Faso et il est clair qu’il y en a que l’on peut éviter, mais il y a des choses qui sont difficilement évitables. Quand on peut les éviter, il faut les éviter au maximum, et quand on ne peut pas les éviter, il faut se protéger. Pendant l’harmattan par exemple, pendant qu’il fait chaud, il faut hydrater au maximum la peau. Pendant qu’il fait très chaud, il faut s’habiller de façon à ce que la peau continue à respirer.

S. : Quelles sont les attentes et les retombées de ce congrès ?

A.T. : Le XXVIe congrès de l’Association des dermatologistes francophones aura effectivement lieu du 13 au 17 février 2007 à Ouagadougou. Ce congrès, qui va regrouper environ 400 scientifiques des cinq continents, permettra la mise à jour des différents thèmes, c’est-à-dire les sept thèmes sur lesquels nous allons discuter, au soir du 17 février 2007, jour de clôture de la rencontre.

Tous les dermatologues seront au point par rapport à ces éléments-là. Un autre intérêt de ce congrès consiste à mette tout le monde au même niveau d’informations concernant les différentes recherches relatives aux maladies de la peau. En outre, cette rencontre favorisera les échanges entre dermatologues de divers horizons. Surtout que c’est à travers ce type de rencontre que naissent les accords de coopération profitables aux relations bilatérales.

S. : Quels sont les sept thèmes qui seront abordés ?

A.T. : Le premier, c’est la dermatologie tropicale, c’est-à-dire que nous allons réfléchir sur quand on vit sous les tropiques, quelles sont les maladies qui sont les plus fréquentes et comment les prendre en charge. Le deuxième thème concerne les microbactéries, c’est-à-dire les microbes qui provoquent la tuberculose, la lèpre, etc. Le troisième concerne la dermatologie pédiatrique, pour voir, chez les enfants, quelles sont ces maladies cutanées les plus fréquentes et comment il faut les traiter.

En quatrième position, nous allons traiter des dermatoses allergiques. L’allergie est devenue un problème de santé publique, donc tout ce qui est réactions allergiques sur la peau, nous allons en discuter. Ensuite, nous discuterons des tumeurs, des cancers de peau. Enfin, puisqu’il y aura cinq continents représentés, nous verrons quelle est la réflexion qui est menée au niveau de chacun de ces continents en matière de la beauté de la peau, des cheveux, des ongles etc.

S. : Mais finalement, qu’est-ce qu’une peau saine ? A.T. : Une peau saine est celle dans laquelle celui qui la porte se sent bien. Mais, au-delà de cette sensation, c’est l’absence totale de maladie qui constitue une peau saine. Et ensuite, c’est une peau qui à toutes ses qualités. Une peau souple, élastique, une peau agréable à toucher.

Entretien réalisé par Charles OUEDRAOGO

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