Côte d'Ivoire: Le redéploiement des services tarde à se concrétiser PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 03 Mai 2008 14:16

La crise politique qui a coupé la Côte d'Ivoire en deux, après le lancement d'une insurrection armée en 2002, a laissé des traces à Bouaké, fief de la rébellion, dans le centre du pays. En dépit d'un accord politique signé en 2007, la reprise de certains services, comme les services VIH/SIDA, se fait toujours attendre.Outre de nombreux bâtiments publics délabrés, vidés de leurs équipements et aujourd'hui envahis par les herbes, la rareté des véhicules circulant sur des routes en piteux état est l'un des multiples signes de la paupérisation de Bouaké et de sa population au cours des dernières années.

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bouaké n'a pas échappé à la crise. Certains bâtiments portent encore eux aussi les stigmates du conflit qui a déchiré la Côte d'Ivoire.

« Le CHU a été pillé pendant la crise », a expliqué à IRIN/PlusNews le professeur Yapo Félix Boa, nommé directeur général du CHU de Bouaké début 2008. « Les équipements ont aussi été pillés pour la plupart, et à l'exception d'une unité de MSF [Médecins sans frontières] qui marchait, le CHU ne fonctionnait plus ».

La plupart des personnels administratifs et sanitaires qui y travaillaient sont allés se réfugier dans le sud du pays, sous contrôle gouvernemental.

Aujourd'hui, plus de quatre ans et demi après le début de la crise politique et plus d'un an après la signature de l'accord de Ouagadougou entre les principaux protagonistes du conflit, qui devait permettre le retour à une certaine normalité et le redéploiement de l'administration sur tout le territoire, la situation est loin d'être réglée.

« Le CHU fonctionne au ralenti : la gynécologie, la chirurgie et la médecine générales, la pédiatrie, les urgences, ... tous les services fonctionnent a minima et certains, comme la radiologie, ne marchent pas », a dit M. Boa. « La plupart des bâtiments, qui ont été abandonnés pendant toutes ces années, doivent être réhabilités ».

De nombreux témoignages confirment que les personnels réinstallés dans le sud depuis plusieurs années sont encore réticents à revenir. Certains d'entre eux reviennent mais repartent rapidement, soit parce que leur famille s'est réinstallée dans la moitié sud du pays, soit aussi, parfois, parce que leurs logements de fonction sont aujourd'hui occupés illégalement.

Pour M. Boa, « l'administration en général est redéployée, même si on va à Abidjan [la grande ville portuaire du sud] et on revient ».

Certains services administratifs de l'hôpital, comme l'agence comptable, se trouvent néanmoins toujours à Abidjan, obligeant les responsables de l'hôpital à faire des allers-retours entre ces deux villes distantes de quelque 300 kilomètres pour régler les affaires courantes, a-t-il reconnu.

Comme de nombreuses autres administrations, le CHU manque cruellement de personnels, et doit pour l'instant se contenter de gérer les urgences médicales : tous les patients hospitalisés sont issus du service des urgences, et les consultations dans certains services n'ont pas encore repris, a dit le professeur N'Dri N'Guessan, directeur médical et scientifique du CHU de Bouaké, qui était en poste avant la crise et est revenu.

Les responsables du CHU ont évalué leurs besoins dans un plan d'urgence, entre autres concernant les ressources humaines : le nombre d'infirmiers requis pour faire fonctionner correctement l'hôpital, par exemple, est estimé à 70, alors que seuls une trentaine d'entre eux sont actuellement en activité.

Selon des données réunies par les agences onusiennes, sur les 729 infirmiers qui travaillaient dans la zone centre, nord et est du pays avant la crise, seuls 440 exerçaient dans cette même zone fin 2007.

Le VIH/SIDA confié aux ONG

Dans ces conditions, il est pour l'instant impossible pour le CHU de proposer des services VIH/SIDA, a admis M. N'Guessan.

« On a déjà un déficit en personnels, on ne peut pas détacher des médecins, des infirmiers [sur le VIH/SIDA] », a-t-il dit.

A Abidjan, les CHU font de la prise en charge du VIH et prescrivent des antirétroviraux (ARV), mais à Bouaké, « on est en retard à cause de la guerre », a dit M. Bao, qui a dit espérer pouvoir rectifier le tir lorsque le CHU aurait retrouvé « son rythme de croisière ».

Même problème sur le plan des bilans de suivi biologique du VIH : seul un laboratoire peut faire ces examens à Bouaké pour une quarantaine de patients par semaine, alors que des centaines de patients sont sur la liste d'attente.

« On tend vers cela [la prise en charge du VIH/SIDA] », a ajouté M. N'Guessan. « Des séminaires de formation des médecins des CHU dans les zones CNO [Centre Nord Ouest, l'appellation des territoires sous contrôle de l'ex-rébellion] à la prise en charge du VIH sont organisés, un pharmacien a été formé ».

Une tendance confirmée par le ministère de la Lutte contre le sida, basé à Abidjan, et qui ne dispose pas encore de réelle représentation sur le territoire national, même si des cellules techniques rattachées au ministère sont peu à peu mises en place.

« La décentralisation [des services du ministère] dans les 19 régions administratives du pays est un défi, pour s'assurer que toutes les thématiques de la lutte sont prises en compte et pour avoir un retour de l'information », a dit à IRIN/PlusNews le docteur Conombo Joséphine Diabaté, directrice du secteur public au ministère.

Le ministère a également procédé au recrutement de médecins parmi 1 200 candidats, a ajouté le docteur Massagnon Soro, inspectrice générale au ministère. Ces médecins, en majorité des jeunes praticiens, ont terminé leur formation sur le VIH/SIDA. « Ils sont prêts à partir et à relever le défi », a-t-elle assuré.

Un renfort qui sera bienvenu, à condition que les efforts ne s'arrêtent pas là : jusqu'à maintenant, le problème, a noté un acteur humanitaire sous couvert de l'anonymat, est que même lorsque les professionnels de la santé du secteur public exerçant dans les provinces sont formés sur le VIH/SIDA, le suivi n'est, dans la plupart des cas, pas assuré ; confrontés à un manque de soutien et à des ruptures d'approvisionnement, les agents de santé se retrouvent seuls et interrompent l'activité.

En attendant que la situation s'améliore sur le plan de la prise en charge du VIH/SIDA, le CHU de Bouaké doit se contenter de soigner les infections opportunistes liées au virus, avant de référer les patients infectés au VIH aux centres de traitement de la ville gérés par des organisations non gouvernementales (ONG).

Le CHU assure également dans l'urgence la prise en charge médicale des victimes de violences sexuelles, notamment à l'aide de kits PEP (prophylaxie post-exposition) fournis par des partenaires, Nations Unies et ONG, et qui permettent de limiter les risques de transmission du VIH.

Mais pour les responsables du CHU, il faut aller plus loin, et plus vite. Un défi qu'il est possible de relever, à condition, entre autres, de vaincre certaines appréhensions héritées de plusieurs années de crise.

« Il ne faut pas dramatiser la question de la sécurité », a plaidé M. N'Guessan. « Nous sommes là et nous pouvons travailler ».

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